Le pensionnat de Seika

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 Chambre d'Himitsu

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Katsu de Bourgh
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MessageSujet: Re: Chambre d'Himitsu   Lun 2 Mar 2009 - 11:29

Katsu fut légèrement soulagée de voir que sa présence ne dérangeait pas Himitsu. Elle refusa poliment l’invitation à s’asseoir sur le lit, préférant se laisser glisser contre la porte. Une fois sur le sol, elle ramena ses genoux contre sa poitrine, passant nerveusement ses bras autour. Bien, elle était assise. Et maintenant quoi ? Par où commencer ? Par le commencement, certes, mais quel était le commencement ? L’histoire avec Fuû, le viol, sa passion pour la danse ? Elle ne savait pas, et se doutait que son histoire allait être une longue succession de mots, complètement anachronique, et probablement que sa camarade voudrait lui poser des questions à la fin. Elle soupira, ferma les yeux, appuya sa tête contre la porte, puis rouvrit les paupières et fixa droit devant elle. Elle savait par quoi débuter.

« J’ai perdu ma voix à cause d’un choc émotionnel post-traumatique. Du moins, c’est ce que les médecins ont conclu, il y a de ça plusieurs mois. C’est assez surprenant pour moi de voir qu’il m’aura fallu un deuxième choc pour la retrouver. J’avoue même que j’aurais préféré ne jamais reparler, pour éviter tout ça… »

Voilà, la machine était lancée. La voix de la jeune femme restait étrangement éteinte, sans qu’elle cherche à augmenter le son. Elle commença son récit à l’année où elle avait découvert la danse, sans oublier aucun détail. Le rejet des autres enfants, son début d’amitié avec Sarah, son rêve de devenir étoile, la rencontre avec Antoine, le bouquet de rose pour son anniversaire. C’était comme mécanique, cette façon de raconter. Mais peu lui importait, il fallait juste que quelqu’un sache. Il fallait quelqu’un pour l’expliquer, quand elle ne serait plus là pour le faire. Tranquillement, elle amena le viol, comme s’il s’agissait d’une banalité. Mais son corps la trahissait : sa gorge se nouait, sa voix tremblait un peu, et son regard se faisait fuyant.

« C’était pire que ça en fait. Pire qu’un simple viol. Les cicatrices que tu as vues sur mon ventre, à l’infirmerie… J’ai les mêmes sur les cuisses. Oh, celles-là ne sont pas graves, c’est juste quelques lacérations. Je ne me souviens pas du moment où elles m’ont été faites, j’avais déjà sombré dans l’inconscience. Mais les plaies que j’ai dû avoir à l’intérieur, celles-là, elles ont failli me tuer… Il n’a touché aucun des organes vitaux, mais il m’a privé à jamais de ma capacité à mettre un enfant au monde. C’est la première chose qu’on m’ait dite quand je suis sortie de mon coma. Sympa le réveil, pas vrai ? »

Le ton était amer, mais Katsu était en droit de l’être. Un homme avait bousillé sa vie, un soir, sans aucune raison, et un deuxième avait bousillé son cœur par pure jalousie, il y avait de ça deux semaines. Pourtant, elle sembla n’y prêter pas plus d’attention que cette légère amertume, et continua, expliquant à Himitsu les problèmes de santé qu’elle connaissait depuis sa naissance, à savoir une fragilité constante, aggravée par le viol. Elle lui raconta l’absence de sommeil, les soucis qui étaient apparus pour la nutrition, le rejet de ses anciens amis, particulièrement celui d’Antoine, qui manifestement n’avait pas décidé de lâcher prise, les photographies qu’elle avait reçues. Pourquoi ses parents l’avaient envoyée ici. Elle lui décrivit l’immeuble où sa famille vivait à Paris, haut d’une demi-douzaine d’étage, le toit où elle avait l’habitude de s’entraîner à danser, ce même toit où elle avait voulu en finir, sa peur du vide qui l’en avait empêché, son malaise à se sentir coincée entre deux mondes, son impression de n’avoir plus rien à faire sur terre.

« Et je suis arrivée là. Tu es un peu la première personne à qui je me suis adressée, à qui j’ai ouvert une porte. Et puis il y a eu l’infirmier, Fuû… Dès le départ, il m’a captivée autant qu’il m’a terrifiée. Avant de venir, je n’avais plus de sentiments, j’étais comme… morte. Et à cause de lui, mon cœur s’est réveillé. Colère, peur, attirance, espoir… Ce dernier, particulièrement, il fait tellement mal. Je suis tombée amoureuse. Pour de vrai cette fois, pas comme pour Antoine. Mais cette fois, c’est moi qui aie souffert, comme un juste retour des choses. Je ne lui avais jamais parlé de mon passé, en fait, je ne pouvais simplement pas, c’était tellement dur à revivre, tous ces moments où j’étais heureuse, où j’étais quelqu’un, pas un simple objet qu’on peut briser… Et maintenant, j’ai le cœur en miettes, tellement lacéré que chaque mouvement me fait mal… Pitoyable… »

Et elle ne pleurait pas, elle énonçait simplement les faits, comme si elle n’était pas celle qui était concernée par l’histoire, comme si elle racontait la vie de quelqu’un d’autre. En fait, c’était presque un soulagement, de ne plus être la seule à porter ce fardeau. Tout ce que la brunette espérait, c’est qu’Himitsu ne voudrait pas savoir pourquoi elle lui en parlait. Elle ne voulait pas avoir à lui mentir.

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Himitsu
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MessageSujet: Re: Chambre d'Himitsu   Dim 5 Avr 2009 - 14:59

La façon dont Katsu parlait de son passé donnait l’impression à la brunette qu’elle lui racontait l’histoire de quelqu’un d’autre. C’était tout comme si elle lui contait les aventures d’une quelconque héroïne de polar… Le flot de paroles de sa camarade mettait Himitsu dans un état second, alors qu’elle essayait désespérément de faire le rapprochement entre cette jeune fille qui avait subi les pires misères de la terre et celle qui se tenait devant elle, contre sa porte… Elle se demanda vaguement pourquoi elle lui racontait ces atrocités à elle, une demoiselle qui n’avait vécu que dans de la soie et du coton, qui ne connaissait presque rien d’autre que le luxe… Pourtant, le presque avait son importance.

Quand Katsu lui parla de son amour pour Fuû, l’ex-danseuse la regarda étrangement. Elle ne connaissait l’infirmier que de réputation, et pour le peu qu’elle l’avait fréquenté, il avait vraiment une attitude en opposition avec celle de la pensionnaire. Mais les contraires s’attirent disait-on… Aussi Himitsu ne se permit aucun jugement. Si Katsu lui confiait sa vie, ce n’était certainement pas pour se faire rejeter, et Himitsu la laissa conclure sans l’interrompre. Finalement, le dernier mot que sa camarade prononça la fit lever les yeux vers elle.

«
Si l’amour était si simple à vivre, nous ne serions certainement pas dans cet état, toutes les deux… »

Ses paroles sortirent dans un murmure, alors que la brunette essayait tant bien que mal de retenir le flot de larmes qui monta rapidement à ses yeux. Elle avait baissé ces derniers sur les remous de la couverture de son lit. Elle se sentit plus pitoyable que sa camarade, à être malheureuse de son amour perdu alors que Katsu avait vécu les pires des choses qui pourraient arriver à une femme. Enfin, essayant de sourire malgré tout (ce qui se transforma en une sorte de grimace) elle releva la tête.

«
Au moins, le bon côté des choses, c’est que tu reparles maintenant…
Et tu… tu… tu pourrais certainement reprendre… la danse… »

Cette dernière phrase se coinçait dans la gorge de la demoiselle, qui se noua définitivement dès que le dernier mot eut franchi ses lèvres. Elle-même avait tiré un trait sur la danse, activité bien trop douloureuse quand elle repensait à Lui. Elle lui avait appris à danser, comme Il lui avait donné les notions de base du combat. Cette pensée la fit frissonner, et elle leva alors les yeux vers la fenêtre, essayant de réprimer cette bouffée de chaleur qui la menait tout droit vers l’évanouissement. Elle en avait assez de sentir son cœur se déchirer au moindre souvenir de son fiancé défunt.

Une larme finit par s’échapper d’elle-même, et la demoiselle la laissa rouler sur sa joue, avant de l’essuyer fébrilement du revers de sa manche. Ses mains tremblaient, elle ne s’en rendit pas compte. Elle respira profondément, désirant calmer définitivement les trémolos de sa gorge.

«
Quelles sont tes intentions maintenant ? »

La question avait simplement pour but de changer les idées des deux jeunes femmes. Le passé était bien trop douloureux pour chacune d’elles, et Himitsu ne savait pas du tout quoi faire. Retourner au manoir ne lui apporterait rient de bon, et la replongerait dans la routine solitaire qu’elle s’était fixée avant son arrivée au pensionnat mais rester ici avec tous les souvenirs que cela imposait lui était de plus en plus insupportable. Aussi, si Katsu avait déjà des idées, peut-être qu’Himitsu pouvait s’en servir d’exemple pour se trouver une place plus appropriée dans la société…

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MessageSujet: Re: Chambre d'Himitsu   Mar 28 Avr 2009 - 8:12

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