Alevtina Williams Pensionnaire

Nombre de messages: 9 Age: 18 Date d'inscription: 25/02/2009
 | Sujet: Il fait beau - Arrivée à Seika (libre) Ven 27 Fév 2009 - 10:43 | |
| « Il fait beau.. »Devant la fenêtre de la chambre, Irina fixait le ciel comme s’il pouvait figer l’instant. Bleu, dégagé, il s’était travesti en ciel de printemps, comme un pied de nez à cette mère bouleversée. Sa fille a accepté le pensionnat. C’est ce qu’elle voulait au fond, mais elle ne pouvait extirper de son cœur la sensation de l’abandonner, de faillir à son rôle maternel. Alevtina, elle, ne démordait pas de son attitude éteinte. Allongée sur son lit, elle n’avait pas jeté un seul regard sur l’extérieur, n’avait même pas cillé à l’utilisation du biélorusse par sa mère. *Il fait beau.*Elle n’eut pas plus d’émotion quand Irina ouvrit la porte de la pièce, tournant un visage affecté vers sa fille. « Allez, la voiture est là. »En japonais cette fois-ci, la langue des convenances. Alevtina se leva machinalement et descendit au rez-de-chaussée en mode pilotage automatique, avec sa valise. Dehors, le froid était sec, le soleil ne faisait qu’éblouir, il n’a pas une once de chaleur. Lui aussi était gelé par l’hiver. Sans un regard sur sa demeure, Alevtina donna sa valise au chauffeur et ouvrit la portière. Une main douce la retint avec hésitation.« Alia.. Je.. -C’est bon, maman. -Je t’enverrai des choses. »Esquivant le baiser nerveux de sa mère, la jeune fille s’engouffra dans la voiture aux vitres teintées. Elle ne vit pas les larmes ravalées de Madame Williams, qui rentra dissimuler sa peine à l’intérieur.
Le trajet fut un peu long. Alevtina était trop angoissée pour somnoler, même si ça faisait plusieurs jours qu’elle dormait peu. Elle triturait le papier de son admission, avec son numéro de chambre, tout en mordillant ses lèvres rondes.*Là-bas ils ne me connaissent pas.*Cette idée de pouvoir prendre un rôle à tout bout de champs lui redonna un sourire intérieur. Elle ne savait pas du tout combien de temps cet échappatoire servirait, mais elle ne comptait pas renoncer à s’amuser. Au moins pour tromper l’angoisse.
Le chauffeur s’arrêta devant l’entrée du pensionnat. Marmonnant comme d’habitude un au revoir, Alevtina sortit de la voiture, prit sa valise et poussa la porte. Ce n’était pas son truc d’observer les bâtiments, et surtout elle recherchait l’ombre du hall.
Le hall. C’était déjà une entrée en matière, le seuil d’un autre monde pour ainsi dire. Il donna le vertige au canon biélorusse. Un carrelage damier psychédélique, un plafond voûté de lignes anarchiques, et cet escalier colossal qui semblait vouloir engloutir les nouveaux arrivants. Cet endroit n’avait rien d’accueillant. Cela déstabilisa Alevtina, mais au fond elle préférait ça à une surenchère de petits soins, qui l’aurait bien plus dérangée. *Bon. Et bien, allons-y..*Étrangement rassurée par cette froideur inquiétante, elle saisit la poignée de sa valise et prit la direction de l’escalier. Qui sait ce qui l’attend ?> La vague à l'âme - Le bois |
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