Le pensionnat de Seika

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 Sous un saule pleureur [pv]

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Katsu de Bourgh
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MessageSujet: Sous un saule pleureur [pv]   Lun 29 Juin 2009 - 20:08

Katsu se laissa tomber au pied du tronc du saule pleureur. Les nombreuses branches couvertes de feuilles la cachaient du reste du jardin, ce qu’elle appréciait visiblement. Depuis ce matin qu’elle était revenue, elle avait d’abord longuement réfléchi au bord du toit, où elle avait retrouvé Himitsu. La revoir lui avait fait plaisir, même si elle n’avait pas eu envie de passer le reste de la journée avec elle. En fait, elle avait profité du début de la matinée pour aller se réfugier dans sa chambre avant que le reste du pensionnat ne se retrouve dans les couloirs, et avait attendu que la nuit commence à tomber pour en ressortir. C’était le début de l’été, et déjà il faisait très chaud. Tant et si bien que la jeune femme avait abandonné ses éternels sweat-shirt pour un débardeur. Heureuse de ne rencontrer personne sur sa route, elle avait poursuivi son chemin jusqu’à arriver là. Elle n’avait que peu récupéré du décalage horaire entre la France et le Japon, et c’est non sans un certain soulagement qu’elle s’était assise. L’obscurité commençait à tomber sur elle petit à petit, dans une caresse rafraîchissante.

Elle fixait un point invisible devant elle, songeuse. Elle était toujours en train de se demander ce qu’elle allait faire, maintenant qu’il était clair qu’elle avait la vie devant elle. Pourquoi revenir, alors que son agresseur allait enfin finir derrière les barreaux ? C’était quelque chose que ses parents avaient mal pris, mais ils avaient compris en même temps. Elle ne se sentait plus à l’aise en France. Elle avait l’impression d’être plus calme depuis qu’elle était sur le sol japonais. Et puis, c’était là qu’elle avait retrouvé sa voix, donc ça voulait forcément dire que ce n’était pas un endroit si horrible que ça, non ? Peut-être que d’autres bonnes choses allaient arriver… Pendant un instant, Katsu se laissa aller à sourire un peu. C’était devenu tellement rare que ses muscles de la mâchoire étaient un peu crispés. Pour un peu, elle en aurait ri, mais elle se contenta de redonner à son visage son allure habituelle. Mi-triste, mi-mélancolique.

De la main droite, elle jouait avec une de ses nombreuses mèches rebelles qui lui tombaient devant les yeux. Pendant un instant, elle crut entendre des bruits de pas qui s’approchaient d’elle, mais elle n’y prêta pas attention. Elle avait toujours peur de ce qui pouvait arriver ici, mais elle s’était promis une chose. Plus jamais elle ne se laisserait faire, et si pour se donner encore plus de courage, elle devait recommencer à vouloir réaliser son rêve, alors elle le ferait. C’était à ça qu’elle songeait presqu’en permanence : réessayer ou non de passer les concours d’entrée des écoles de danse japonaises.

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Adriel Ward
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MessageSujet: Re: Sous un saule pleureur [pv]   Lun 29 Juin 2009 - 22:09

Comme à son habitude depuis quelques mois, Adriel était sorti à l’air libre une fois que le soleil eut commencé à décliner sérieusement, jusqu'à ne plus être qu'une mince ligne à l'horizon, remplacé peu à peu par la lune et les étoiles brillantes. Il aimait bien cet instant de la journée, où la clarté cédait la place à la pénombre, où la nuit prenait le pas sur la lumière. C'était un étrange ballais qui se jouait alors, et jamais les deux ne pouvaient se rencontrer directement. Ils se voyaient, de loin, mais ne se pouvaient se toucher... C'était aussi le moment où les ombres se dépliaient sans plus aucune crainte, ce que le jeune homme appréciait beaucoup moins. Néanmoins, il s'était habitué à se promener dans les jardins le soir. Parce qu'il savait qu'il n'y rencontrerait personne d'autre, mais aussi parce que, si c'était le cas, il pouvait se fondre aisément parmi les ombres... ou du moins l'espérait-il fortement.

Il avançait prudemment parmi les parterres de fleures, les rosiers, et autres arbustes en tout genre, prenant bien soin de ne pas marcher sur le gravier blanc des allées. Trop de bruit aurait pu attirer l'attention du moindre mulot, si tant est qu'il y en ait au Japon. A force de guetter le plus infime mouvement, le jeune homme finit par repérer une forme installée contre le tronc noueux d'un saule pleureur. Mû par il ne savait quel sentiment, il s'approcha. En tant normal il serait passé au large, mais cette forme, dont l’allure devenait humaine sous les rayons de lune à mesure qu’il s’avançait, lui était étrangement familière. Lorsqu'il arriva à quelques pas, aux aguets, il reconnu Katsu et un soupir de soulagement s'écoula silencieusement d’entre ses lèvres. Doucement, comme pour ne pas l'effrayer, il fit quelques pas dans sa direction. Voyant qu'elle ne réagissait pas, ce qui lui parut assez étrange, Adriel détourna légèrement sa trajectoire pour aller rejoindre l'autre côté du tronc. L'arbre étant jeune, celui-ci n'était pas spécialement épais, mais il s'installa tout de même contre l'écorce brute, assis en tailleur, à l'opposé de la jeune femme...


Une bonne heure pour se retrouver seul, n’est-ce pas ?

En même temps qu'il parlait, Adriel laissa ses yeux dériver sur la beauté nocturne du jardin qui les entourait, son regard s'accrochant à certain détails avant de reprendre sa route...

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Katsu de Bourgh
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MessageSujet: Re: Sous un saule pleureur [pv]   Jeu 2 Juil 2009 - 13:06

« Pas si seule que ça, il faut croire… »

Ce n’était qu’un murmure, qui s’évanouit dans un souffle du vent. La voix de Katsu ne se faisait toujours pas plus entendre depuis qu’elle l’avait retrouvée. A quoi cela aurait-il servi de parler si elle n’avait rien à dire ? A rien, encore moins si elle ne ressentait pas l’envie de parler. Oui, elle avait dû beaucoup parler pour faire sa déposition orale, avant de pouvoir se replonger dans un silence apaisant quand elle l’avait ensuite écrite. Elle avait dû affronter les regards pendant le procès, pendant qu’elle parlait, alors que toute la salle était plongée dans un silence religieux, coupé parfois par l’accusé. Elle n’avait jamais eu la force de le regarder. Sa mémoire et son corps se le rappelaient suffisamment à leur goût. Cette rencontre était étrange. Étrange car le matin même, assise sur le toit, elle s’était demandée ce qu’il était devenu, s’il allait mieux ou pas. Tout comme elle s’était posée ces questions sur le cas d’Himitsu, et elle avait retrouvé l’autre brunette sur le toit quelques minutes après.

Reconnaître la voix n’avait pas été très dur. Même si à leur première et unique rencontre, il avait plus murmuré qu’autre chose, elle ne connaissait personne à part lui dans le pensionnat qui parlait français. Elle n’avait pas envie de prendre le temps de faire de nouvelles rencontres. Elle ne voulait simplement pas reprendre une existence normale. Elle avait décidé de reprendre son rêve, et c’est probablement tout ce qu’elle garderait de sa vie passée. Cela venait de lui rappeler une chanson qui pendant quelques semaines avait fait un carton en France sur les radios. Les paroles restaient floues dans son esprit, et elle se concentra dessus quelques minutes pour les retrouver. Quelques mots qui pouvaient s’adresser à bien des choses. Un amant, un ami. Un rêve.

« La vie devant toi. Et tu le sais, je n’ai que toi. »

C’était ambigu, mais Adriel ne le prendrait pas pour lui. Il aurait déjà fallu qu’il entende ces mots, et encore une fois, c’était comme si la voix de Katsu ne voulait bien sortir de sa gorge que pour se faire entendre de sa seule propriétaire. La brise souleva doucement les branches du saule, comme une caresse. Katsu frissonna sous l’effet du froid qu’elle venait de sentir contre sa peau. Finalement, elle aurait dû se couvrir un peu plus, mais il fallait croire que lorsque cela concernait sa propre santé, elle était aussi efficace qu’un parapluie par jour de soleil. Elle ramena ses jambes contre elle et passa un bras autour. Son regard vagabondait d’un endroit du jardin à un autre, comme si elle cherchait quelque chose.

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MessageSujet: Re: Sous un saule pleureur [pv]   Ven 3 Juil 2009 - 13:10

Le silence qui s'était installé après leur unique échange était seulement rompu par la brise venue chatouiller les branches du saule pleureur. L'atmosphère était calme, et aucune tension ne régnait entre eux... Adriel aurait presque voulu que cela ne cesse jamais, que la nuit continue ainsi. Un frisson le parcourrut lorsque le vent vint caresser sa peau, et un petit sourire de contentement étira ses lèvres... sans qu'il ne dure bien longtemps. Les paroles de Katsu s’élevèrent soudain dans ce silence, bien qu’elle n’ait fait que les murmurer. Il lui sembla avoir déjà entendu ces mots, mais l'adolescent préféra rester silencieux, laissant la jeune femme à ses pensées.

Cela faisait déjà quelques mois que les deux jeunes gens s'étaient rencontrés pour la première fois, et dans le laps de temps qui avait suivit Adriel n'avait pas beaucoup changé. Bien que le suçon qu'il avait sous l'oreille ait fini par disparaître, sa main fracturée avait male guérie, par manque de soins, et les marques sur ses poignets ne s'étaient pas tout à fait estompées. Mais, dans le noir, et bien qu'il puisse les sentir, le jeune homme ne voyait pas ses blessures, ce qui lui procurait un minimum d'apaisement...


Le temps est passé bien lentement en ton absence...

Un sourire teinté d'ironie illumina ses traits, bien qu'il sache que Katsu ne pouvait le voir, suivit par un rire léger. Un son cristallin, discret, qu'il avait peu à peu retrouvé, bien que personne n'ait pu en profiter jusque là.

Non, on ne s'est pas vu suffisamment souvent pour que j'en arrive là. Mais j'avoue que je me suis demandé ce que tu étais devenue.

Cela ne le regardait absolument pas, aussi ne posa t-il aucune question, se contentant de cette remarque qui n'était que la stricte vérité. Si Katsu voulait lui en parler, il l'écouterait, mais il n'était pas dans sa nature de forcer les gens, et surtout pas ceux qu'il ne connaissait que peu. Quoique pouvait-on vraiment dire qu'ils ne se connaissaient pas plus que ça ? Car même s'ils ne s'étaient jamais vraiment parlé, Adriel sentait qu'ils avaient déjà partagé bien plus qu'il ne l'avait fait avec d'autres auparavant...

Fermer les yeux, faire le sourd, cherchant ma place à chaque pas…

Un simple murmure, réponse tardive. Oui, il se souvenait à présent des paroles de cette chanson. Pas suffisamment pour en dire plus, mais juste ce qu'il fallait pour comprendre.

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MessageSujet: Re: Sous un saule pleureur [pv]   Mar 14 Juil 2009 - 18:09

« J’accomplissais mon devoir de survivante à l’horreur. »

Katsu avait craché ces mots. Ils la dégoûtaient de tout. De la vie, d’elle, du genre humain. D’être restée alors que d’autres étaient mortes. D’avoir dû affronter tout à nouveau, comme si la première fois n’avait pas été suffisante. Comme si elle devait subir tout ça encore et encore, comme une éternité brisée, comme un disque rayé. Que devait-elle faire de tous ses rêves, de tous ses espoirs, de sa vie qu’on lui avait volés, qu’on avait mis en pièces devant elle sans qu’elle n’y puisse rien changer ? Que devait-elle devenir maintenant ? Quel rôle pouvait-elle jouer désormais, dans ce vaste monde, ce pauvre monde, ce monde si laid, si sale qu’elle en avait des nausées ? Tout le monde ne voulait pas que son bonheur, ça, elle en avait la preuve. Le bonheur…

« Le bonheur… Un pauvre mot, hein ? Que sera-t-il mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendrai-je ? Quelles pauvretés faudra-t-il que je fasse moi aussi, jour après jour, pour arracher avec mes dents mon petit lambeau de bonheur ? Dis, à qui devrai-je mentir, à qui sourire, à qui me vendre ? Qui devrai-je laisser mourir en détournant le regard ? Je veux savoir comment je m’y prendrai, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite, puisque c’est tout de suite qu’il faut choisir. On dit que c’est si beau la vie. Je veux savoir comment je vais m’y prendre pour vivre moi, après tout ça. »

Pendant sa tirade, la lourdeur de l’air avait encore augmenté, et les nuages qui avaient apparu au loin s’étaient désormais rapprochés. Le tonnerre gronda sourdement en l’air, et le visage relevé vers l’infini du ciel, ce visage qui semblait si serein, si calme. Le calme avant la tempête. La rancœur se pressait sous les traits du visage émacié par le manque de sommeil. La pluie commença à tomber. Lourdement, puisque c’était l’ambiance qui le voulait ainsi. Cette eau, qui se voulait curatrice, aimante, cette eau qui la dégoûtait encore plus d’elle-même, cette eau qui lui arracha ses premières larmes depuis un an. Des larmes de rage, de dégoût, de haine, de ressentiment. La pluie cachait tout cela, tombant drue, dure, comme un coup de fouet sur le corps, le visage. Les branches du saule pleureur se balançaient au rythme des perles aquatiques qui tombaient du ciel.

« Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur… Ca n’existe pas le bonheur, c’est une invention des parents pour les enfants. C’est comme la petite souris ou le père Noël. C’est pour rendre ce monde si affreux un peu moins laid l’espace de quelques instants. Le bonheur, c’est l’absence de malheur. Le malheur… Nous sommes tous voués au malheur. A l’ignominie du genre humain, si laid, si sale, si écœurant… »

Ses vêtements lui collaient à la peau, trempés de l’eau qui n’avait cessé de tomber. Rageusement, elle essuya du revers de la main les larmes qui elles non plus ne voulaient plus s’arrêter. Aucune trace de sanglot dans sa voix. Aucune trace d’émotion. Elle était morte de l’intérieur, et si elle avait été croyante, elle aurait dit qu’elle n’avait plus d’âme. Elle n’était plus qu’une coquille vide, qui allait, inlassablement, vivre, ou plutôt survivre, reprendre son existence là où elle s’était arrêtée, un soir très laid d’une année qui aurait dû être comme les autres. Elle allait reprendre une activité dont elle ne savait plus si elle l’aimait ou la détestait pour ce qu’elle en avait souffert. Dans sa folie du souvenir, elle ne sentait même pas que ses propos étaient hors de tout : du temps, de l’espace… Il n’y avait plus toutes ces petites nuances de gris. Tout n’était plus que noir, noirceur de l’âme, noirceur du ciel si orageux, zébré par les éclairs, noirs eux aussi.

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MessageSujet: Re: Sous un saule pleureur [pv]   Mar 14 Juil 2009 - 22:29

La première phrase qu'elle prononça heurta violemment les oreilles d'Adriel, qui avait fini par s'accommoder du silence environnant. Non par leur contenu, mais par la manière dont les mots avaient été littéralement vomis, brutalement, et sans concession. Comme si ç'avait été une ignominie complète, simples prémices d'une cascade de paroles qui se bousculèrent sur les lèvres de la jeune femme, dérangeant la nuit, tels une tornade brusquement libérée. Un flot de questions qui ne s'interrompait plus que pour qu'elle puisse reprendre son souffle, semblant pouvoir trancher dans le vif la brise la plus souple. A mesure qu'elle parlait, sa hargne, sa haine, et toute la colère qu'elle avait du emmagasiner jusque là s'évadaient avec fracas, assombrissant l'atmosphère comme de gigantesques cumulus opaques. Et en écho à cette longue tirade, le ciel s'assombrit progressivement, masquant les rayons de lune, les plongeant tout deux dans une obscurité quasi totale.

La stupeur qui s'était initialement emparée d'Adriel laissa peu à peu la place à un calme étrange, mêlé à un soupçon de compassion. S'il n'arrivait pas à saisir tout ce que Katsu disait tant son discourt enflait à mesure qu'elle parlait, le jeune homme pensait comprendre ce qui lui arrivait. Elle craquait, tout simplement. Quoique "simplement" n'était pas l'adjectif des plus approprié face à la complexité de ce qui la tourmentait. Un débordement de tout ce qu'elle avait du subir, de toutes les émotions qu'elle avait du retenir au cours de ces longs mois. Et à présent qu'elle arrivait au maximum de ses capacités, après avoir garder en elle ce poison brûlant, un torrent jusqu'à présent sauvagement contenu était entrain de se déverser sous la pluie drue qui tombait.

Adriel se releva doucement, lentement, en proie à toute sortes de sentiments qu'il n'avait jamais expérimenté jusqu'à cet instant, mais au milieu desquels il distingua de l'affection et l'envie de la soulager un peu, même s'il ne possédait que de maigres moyens pour cela, lui qui avait été obligé de se ré-apprivoiser lui-même. Alors qu'il faisait le tour du tronc, ses cheveux ruisselant de pluie et la terre humide s'enfonçant sous ses pieds, il l'écoutait déverser toute sa bile et sa rage vers le ciel, quelques larmes roulants sur ses propres joues, sans qu'il ne sache que d'autres se mêlaient à la pluie sur celles de la jeune femme.

Il était debout face à elle à présent, à deux mètres de sa frêle silhouette, elle qui n'avait pas bougé, assise à même le sol, adossé au tronc d'arbre, le visage levé vers les nuage noirs qui obscurcissaient toujours le ciel et rendait l'atmosphère lourde et suffocante. Les éclairs illuminaient de temps à autre partiellement la scène, suivis du triste grondement des cieux qui se répercutait sans vergogne dans les jardins, leur vrillant les tympans. Il resta à la regarder silencieusement dans cette ambiance paradoxalement glaciale, même après qu'elle eut fini de s'ébattre avec elle-même, bien après que la source de sa colère se soit tarie. Enfin, malgré la pluie, malgré la boue sous ses pieds, il s'accroupit pour être à sa hauteur, sans précipitation, sans geste brusque, avec toujours cette même affection qu'il ne laissa pas transparaître sur ses traits, si ce n'est dans l'éclat de son regard sous les éclairs, seule chose qu'il ne pouvait masquer...


Je sais que ça ne te servira à rien, mais... j'ai confiance en toi, je sais qu'au fond tu es toujours quelqu'un, et qui plus est quelqu'un de bien. N'abandonne pas, s'il te plait, même si je suis sûr que pour toi je ne suis pas grand chose, que je n'ai pas le droit de te demander ça...

Ses paroles furent suivit d'un nouveau grondement, alors que la pluie semblait s'intensifier un peu plus. Malgré tout, il resta là, à la regarder, avant de tendre lentement la main vers elle...

Vient s'il te plait, allons nous mettre à l'abris, ce n'est pas un jour pour se laisser mourir...

Car sous l'orage qui tonnait et les rafales de vent insistantes, le jeune saule pleureur sous lesquel ils se trouvaient semblait tanguer dangereusement. Mais ce n'est pas pour autant qu'il la brusqua, ne sachant pas lui même s'il avait vraiment envie de continuer à survivre dans la crainte de ses vieux cauchemars, à errer comme une âme en peine... ça semblait tellement pathétique.

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Dernière édition par Adriel Ward le Mer 15 Juil 2009 - 23:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sous un saule pleureur [pv]   Mer 15 Juil 2009 - 23:10

Le noir, partout, autour d’elle, sur elle, en elle. Et ces éclairs qui, pendant un instant si minime, éclairaient le ciel d’une lueur fugace et éphémère. C’est tout ce que Katsu voyait à travers les larmes qui lui brouillaient la vue. Des larmes qui redoublèrent d’intensité sans qu’elle en comprenne la cause. A sa place ni dans le monde des vivants, ni dans le monde des morts. Perdue entre la France et le Japon, ne se sentant à l’aise nulle part, et même plus dans ses rêves ou son sommeil.

Un autre éclair vint zébrer le ciel, illuminant au loin les bâtiments du pensionnat. La jeune femme baissa la tête. Son regard se posa sur la silhouette qu’elle distinguait désormais face à elle, à quelques mètres. Distance raisonnable. Était-ce Adriel ? Cela lui en avait l’air, mais à travers les perles salées qui lui coulaient le long des joues en continuité depuis quelques minutes, elle se permettait de douter. Elle l’observa. Pourquoi n’était-il simplement pas parti ? N’avait-il donc pas d’amis dans cet établissement, ou d’autres obligations qui lui laisseraient la possibilité de la laisser seule sans avoir mauvaise conscience ? Elle devait avoir l’air vraiment pitoyable, et cette seule pensée lui arracha un rire nerveux qui mourut aussitôt dans sa gorge, sans dépasser les barrières qu’étaient redevenues ses lèvres. Les prunelles grises continuèrent à bouger sans ciller. Il pleurait. Un instant, elle douta de sa vision, préférant croire que ce n’était que la pluie sur le visage du garçon. Après tout, pourquoi pleurerait-il, il n’avait aucune raison à cela, n’est-ce pas ?

Et pire. Quelle était cette lueur que Katsu lisait dans ses yeux ? De la compassion ? De l’affection ? Mais pourquoi ? Probablement qu’elle le comprit de travers, mais elle se mit à croire qu’il avait pitié d’elle. Un rictus horrible se forma sur sa bouche, n’y restant pas plus de deux secondes. Il était vraiment mal placé pour la prendre en pitié, lui, avec ce que lui-même avait sûrement vécu. Mais elle se sentait si vide, toujours avec cette impression de n’être plus qu’une enveloppe charnelle pour un esprit qui s’était envolé depuis longtemps, qu’elle ne prit pas la peine de s’énerver. Peut-être que sa colère était sortie de son corps pour le moment. Elle n’avait laissé que le désespoir, le désarroi et un amer goût de rancœur.

Une voix dans l’air. Un son qui se laissait porter par le vent jusqu’à ses oreilles. Ce n’était pas la sienne, alors certainement celle d’Adriel. Elle le regarda, désormais en position accroupie, lut plus que n’entendit ce qu’il lui disait. La confiance. Il ne la connaissait pas ! Tant de questions qui venaient s’acheminer jusqu’à l’esprit suffisamment tourmenté de Katsu, tant qu’il créait avec une simple phrase. Comment pouvait-il seulement se tenir là, à essayer de lui montrer qu’elle vivait toujours selon lui, alors que sa propre confiance en elle-même avait été réduite à néant ? Elle n’était plus rien, elle n’était certainement pas quelqu’un de bien ! Est-ce qu’elle abandonnait vraiment ? Mais pourquoi ne pas abandonner alors ? Avait-elle quelque chose à quoi se raccrocher ? Avait-elle seulement le droit, l’envie, le pouvoir de remonter à la surface ?

« Abandonner… Espérer m’effraie, ça ne peut plus être que trop douloureux. J’ai cherché la raison de continuer, j’ai essayé encore et encore… Je n’ai toujours pas de réponse. »

Les larmes roulèrent encore sur ses joues pâles. Saisissait-il l’ironie du moment ? Sa main tendue vers elle comme une bouée de sauvetage lancée à la mer, c’était la sienne la dernière fois. C’était elle qui l’avait aidé la première et unique fois. Elle ne savait pas si elle se sentait capable à son tour de franchir la distance qui les séparait. Qui était-il ? Est-ce que, comme il le disait, il n’était rien pour elle ? Elle ne le connaissait pas, tout comme il ignorait qui elle était ou ce qu’elle avait vécu. Non, il était là, alors il ne pouvait pas être juste pas grand-chose. Il devait y avoir une raison, dans cet immense univers, pour que ce soit sur lui qu’elle soit tombée dans ce couloir, tout comme il y avait une raison pour qu’il l’ait trouvée sur son chemin dans le parc. Rien n’arrivait par hasard.

La main de Katsu n’était qu’à quelques centimètres de celle d’Adriel. Hésitant à franchir la dernière distance entre eux, hésitant sans arrêt, revenant sur ses pas, recommençant à avancer. Du bout des doigts, elle l’effleura un si bref instant qu’il aurait pu se demander si ça n’avait pas été un simple effet du vent contre sa peau. Finalement, elle y arriva. Ses doigts étaient à peine posés sur ceux du pensionnaire, et elle ne fit rien pour saisir la main qu’il tendait. Elle ne pouvait pas faire plus, elle en était réellement incapable. Le tonnerre gronda bruyamment au loin, faisant presque trembler le sol. L’orage semblait s’éloigner, mais n’était-ce pas qu’une impression ?

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MessageSujet: Re: Sous un saule pleureur [pv]   Jeu 16 Juil 2009 - 23:16

Adriel laissa sa main suspendue vers elle, alors qu'elle continuait à exprimer son tourment. Espérer. Pour lui aussi cette notion s'était avérée être un lourd fardeau, un but inaccessible. Ils avaient l'air mignon, tous les deux, à sombrer dans la dépression comme des âmes perdues errant sans fin. Pourtant, il ne lui répondit pas, pas tout de suite, ce n'était pas le plus urgent, pas le plus important. Pour l'instant, il voulait juste lui montrer qu'il était là. Que malgré son état assez proche du sien, il voulait l'aider, ou au moins devenir un nouveau repère. Il ne savait pas lui-même s'il était capable de le supporter, mais Katsu avait auparavant fait beaucoup pour lui, et il savait qu’il y parviendrait si elle l’y autorisait...

Quelques mois plus tôt, à peine deux ou trois en réalité, la jeune femme l'avait trouvé dans un triste état... et bien qu'elle ne puisse pas s'exprimer alors, malgré le fait qu'elle soit loin d'être guérie elle non plus, elle lui avait tendu une main, une main qu'il avait eu du mal à saisir, une main qu'il avait cru ne jamais pouvoir attraper. Elle devait bien se rendre compte, en même temps que lui, que les rôles s'étaient à présent inversés, elle-même étant à présent celle qui réclamait inconsciemment un peu d’aide, de soutient. Il ne se voyait pas comme un sauveur tout puissant, loin de lui cette idée. Mais face à cette jeune femme, qui l'avait soutenu sur ses frêles épaules et avait tenté de le soulager par tous les moyens, Adriel voulait montrer toute sa reconnaissance, lui faire comprendre que ce qu'elle avait réussit à faire pour lui, il pouvait le faire pour elle, à condition qu'elle le veuille.

Après des secondes qui auraient pu être une éternité, Adriel sentit enfin sa main sur la sienne, plus qu'il ne la vit, sous la pluie battante. Et il se revit par ailleurs dans un flash, hésitant lui aussi, lorsqu'il avait voulu poser sa main sur celle de l'inconnue d'alors, triomphant tout à la fois que tressaillant d'effroi. A présent, les doigts pâles de Katsu sur les siens ne lui procuraient plus aucune répugnance, et le réconfortaient même, bien qu'il sache qu'il ne pourrait probablement pas faire passer ce réconfort au corps glacé de sa compagne d'infortune.

Laissant un court instant leurs doigts l'un sur l'autre sous les pleurs célestes, qui paraissaient s'être légèrement apaisés, le jeune homme porta son regard, d'un noir profond sous les rayons de lune apparent, sur celui de Katsu, plongeant ses prunelles emplies d'émotions dans les siennes. Il y lu alors tout son épuisement, sa profonde lassitude... et peut-être aussi sa certitude d'être vide, perdue à jamais. Lorsqu'il fut certain que ses gestes ne la brusquerait pas, l'adolescent exerça une légère pression sur sa main, sans serrer plus que ça, comme elle le fit autrefois pour lui.

Ils ne pouvaient pas rester là éternellement, et Adriel se rendait bien compte qu'ils étaient tout deux trempes jusqu'aux os, voir plus si c'était possible. Aussi se releva t-il lentement, l'avertissant d'un regard avant de l'aider à se mettre debout, toujours sans serrer sa main fraîche posée dans la sienne, ni utiliser sa main bandée...

Viens, il faut qu'on rentre... même si cela ne veut plus rien dire pour nous.


"Nous"... Il l'avait dit sans y penser. Il ne pensait pas avoir voulu dire par là qu'ils étaient liés par un lien invisible, même si c'était sûrement le cas, simplement... qu'ils étaient dans la même situation, que c'était aussi dur pour l'un que pour l'autre, et que c'était sans doute pour cela qu'il comprenait un peu ce qu'elle ressentait...

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[Français et japonais]

"Ils cherchent à réduire au silence, d'agréables rêves,
Des rêves de nuages et de soleils qui se lèvent,
Qui n'ont pour égale que leur ambition personnelle,
Et qu'ils envoient parmi les ténèbres dans une jolie ritournelle..."


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Sous un saule pleureur [pv]

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